AFRIQUE

Abidjan : Pascal Konan questionne le pouvoir des influenceurs dans « Babi, cité des dieux »

AFRIQUE
À Abidjan, l’artiste Pascal Konan explore l’influence des figures des réseaux sociaux à travers son exposition « Babi, cité des dieux », entre critique du culte de l’image et réflexion sociale.
Abidjan : Pascal Konan questionne le pouvoir des influenceurs dans « Babi, cité des dieux »
Pascal Konan; Courtesy 193 Gallery © Pascal Konan; Courtesy 193 Gallery

En Côte d’Ivoire, une nouvelle voix s’impose sur la scène des arts visuels. Le peintre Pascal Konan présente, depuis le 2 avril, sa série « Babi, cité des dieux » à la galerie Houkami Guyzagn, à Abidjan. À travers cette exposition, l’artiste interroge la place grandissante des influenceurs dans la société ivoirienne et leur pouvoir sur les imaginaires collectifs.

Des influenceurs érigés en « dieux » modernes

À Abidjan, certaines figures des réseaux sociaux, à l’image du pasteur Camille Makosso ou de la promotrice du bien-être Maa Bio, s’imposent comme de véritables icônes populaires. Très suivis sur TikTok, ces influenceurs incarnent, pour une partie du public, de nouveaux modèles de réussite et d’influence.

C’est précisément cette fascination que questionne Pascal Konan. En évoquant des « dieux » — avec un « d » minuscule —, l’artiste fait référence à leur capacité à orienter les comportements et les aspirations. « Il y a un culte de la personnalité à Abidjan. Je m’interroge sur notre rapport à l’image, sur l’héritage que nous construisons et sur la société que nous voulons bâtir », explique-t-il. À travers son travail, il met en tension le désir de paraître et la réalité de l’être.

Une œuvre critique sur le culte de l’image

Déclinée en 25 toiles carrées, rappelant les formats des publications Instagram, la série prolonge la signature artistique du plasticien, centrée sur l’anatomie humaine. L’une des œuvres majeures, intitulée Athéna, met en scène des corps colorés enchevêtrés qui finissent par engloutir un visage féminin.

Cette composition agit comme une métaphore. Selon l’artiste, elle illustre la figure du « marmailleur », terme ivoirien désignant une personne habile à manipuler les autres pour se mettre en avant. « À force d’exploiter autrui pour paraître, on finit par perdre sa propre existence et devenir esclave de ce système », souligne-t-il.

Visible jusqu’au 25 avril à la galerie Houkami Guyzagn, l’exposition s’inscrit dans un débat plus large sur le rôle social des influenceurs en Côte d’Ivoire. Le professeur de communication Jean-Claude Oulaï, de l’université de Bouaké, reconnaît leur influence croissante, notamment auprès de la jeunesse. Il l’explique en partie par la défiance envers les médias traditionnels, jugés parfois partiaux.

Toutefois, l’universitaire Pascal Konan nuance cette perception positive : selon lui, nombre d’influenceurs participent davantage à la mise en scène d’un « mirage de réussite » qu’à une réelle transformation sociale. Leur position, estime-t-il, reste ambiguë, oscillant entre divertissement et influence sans véritable engagement éthique.

L'INFO EN CONTINU

Toute l'actualité

À LIRE ENSUITE

LES PLUS LUS