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Paul Biya absent depuis 51 jours : le Cameroun face aux interrogations sur la continuité du pouvoir

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Paul Biya est absent de la scène publique depuis 51 jours. Sans preuve de décès ni signe récent de vie, les interrogations sur la continuité du pouvoir s'intensifient au Cameroun.
Paul Biya absent depuis 51 jours : le Cameroun face aux interrogations sur la continuité du pouvoir
Paul Biya, président camerounais

Depuis plus de sept semaines, Paul Biya n’est plus apparu publiquement. Cette absence, inédite depuis son arrivée au pouvoir en 1982, alimente les interrogations au Cameroun. En l’absence de communication officielle sur son état de santé, le débat dépasse désormais les rumeurs pour toucher aux questions institutionnelles.

Une absence historique qui nourrit les interrogations

Le président camerounais a quitté Yaoundé le 7 juin 2026 avec son épouse Chantal Biya pour ce que la présidence a présenté comme un « court séjour privé en Europe ». Aucun pays de destination ni calendrier de retour n’ont été précisés.

La dernière image officielle du chef de l’État remonte à son départ de l’aéroport de Yaoundé. Depuis, aucune vidéo, aucun discours ni aucune photographie récente n’ont été diffusés. Au 28 juillet 2026, son absence atteint 51 jours, dépassant ainsi le précédent record de 49 jours enregistré en 2024.

Âgé de 93 ans, Paul Biya a été réélu le 12 octobre 2025 avec 53,66 % des suffrages, selon les résultats validés par le Conseil constitutionnel. Investi pour un huitième mandat le 6 novembre 2025, il dirige le Cameroun depuis le 6 novembre 1982. Dans un contexte marqué par les tensions dans les régions anglophones, son absence soulève des interrogations sur le fonctionnement des institutions et la continuité de l’État.

Séjour en Suisse, démentis officiels et actes présidentiels

Le magazine Jeune Afrique affirme que le président séjournerait à Genève afin d’y recevoir des soins dans une clinique privée. Selon cette publication, plusieurs membres de sa famille l’auraient rejoint et une partie du clan présidentiel résiderait à l’hôtel InterContinental. À ce jour, ces informations n’ont été confirmées ni par les autorités camerounaises ni par les autorités suisses.

Le gouvernement a rejeté cette hypothèse. Le 18 juin, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a nié toute hospitalisation et annoncé un retour prochain du chef de l’État. Plus d’un mois plus tard, aucune date de retour n’a toutefois été communiquée.

Malgré cette absence, la présidence continue de publier des actes signés au nom de Paul Biya. Le 22 juillet, quatre décrets ont notamment été rendus publics, concernant des nominations au sein de la Société nationale des hydrocarbures ainsi que des accords de financement. Tous portent la mention « Yaoundé, le 22 juillet 2026 », bien que le président soit présenté comme se trouvant en Suisse. Cette pratique, conforme aux usages administratifs, a néanmoins alimenté les interrogations de certains observateurs sur les réseaux sociaux.

Quelques semaines plus tôt, un faux décret avait également été déposé au siège de la CRTV. Le document annonçait la nomination de son porteur au poste de vice-président de la République. Rapidement identifié comme un faux, il a conduit à l’interpellation de son auteur. Le gouvernement a confirmé le 30 juin que ce texte n’avait jamais été signé par le chef de l’État.

Une Constitution confrontée à ses zones d’ombre

La réforme constitutionnelle promulguée en avril 2026 a réintroduit la fonction de vice-président de la République afin d’assurer la continuité de l’exécutif en cas de décès, de démission ou d’empêchement du président. Pourtant, plus de trois mois après cette modification, aucun titulaire n’a été nommé.

Cette situation relance le débat sur les mécanismes prévus par la Constitution. Si une vacance du pouvoir était officiellement constatée par le Conseil constitutionnel, l’intérim reviendrait au président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, chargé d’organiser une élection présidentielle dans un délai compris entre vingt et cent vingt jours.

Plusieurs responsables politiques estiment que l’absence prolongée du chef de l’État crée un vide institutionnel. Le député Jean-Michel Nintcheu a demandé au Conseil constitutionnel d’examiner la situation. D’autres personnalités, comme Christian Ntimbane Bomo, Mamadou Mota ou Joshua Osih, évoquent également les limites du dispositif actuel.

Le RDPC, parti au pouvoir, rejette ces analyses. Son secrétaire à la communication, Jacques Fame Ndongo, rappelle qu’aucune disposition constitutionnelle ne fixe de durée maximale pour un séjour du président à l’étranger. Selon lui, Paul Biya continue d’exercer ses fonctions, quel que soit son lieu de résidence.

L’expérience de 2024 montre toutefois que les restrictions imposées aux débats sur l’état de santé du président n’avaient pas mis fin aux spéculations. Les discussions s’étaient simplement déplacées vers les réseaux sociaux et les médias de la diaspora.

Une attente qui entretient les incertitudes

À ce stade, aucun élément crédible ne permet d’affirmer le décès de Paul Biya. Dans le même temps, aucune preuve récente ne confirme publiquement qu’il exerce effectivement ses fonctions. Cette situation inédite entretient les interrogations sur la gouvernance du Cameroun et met en lumière les limites du cadre constitutionnel face à une absence prolongée du chef de l’État. Jusqu’à présent, le Conseil constitutionnel, seul compétent pour constater une éventuelle vacance de la présidence, ne s’est pas prononcé.

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