Au Mali, la Cour d’appel de Bamako a condamné, jeudi 24 juillet, six personnalités poursuivies pour « tentative de complot contre le gouvernement ». Les accusés, détenus depuis près de cinq ans, ont écopé de peines allant de 7 à 15 ans de réclusion criminelle, au terme d’un procès dénoncé par la défense pour ses nombreuses irrégularités.
Parmi les condamnés figurent l’ancien directeur de la Sécurité d’État, le colonel Kassoum Goïta, l’ancien secrétaire général de la présidence Kalilou Doumbia, ainsi que quatre autres personnalités proches de l’ancien président de transition Bah N’Daw. Ce dernier avait été porté au pouvoir après le coup d’État d’août 2020 avant d’être renversé en mai 2021 par les militaires qui l’avaient installé, après avoir tenté d’écarter certains d’entre eux du gouvernement.
Des condamnations de 7 à 15 ans de prison
Le colonel Kassoum Goïta, l’agent des services de renseignement Abdoulaye Ballo, l’homme d’affaires Sandi Ahmed Saloum et le féticheur Issa Samaké, dit « Djoss », ont été reconnus coupables d’« association de malfaiteurs » et de « complot contre le gouvernement ». Ils ont été condamnés à 15 ans de réclusion criminelle.
De leur côté, Kalilou Doumbia et le commissaire de police Moustapha Diakité ont été déclarés coupables de complicité dans ces mêmes faits et condamnés à sept ans d’emprisonnement.
Les six condamnés devront également verser un franc CFA symbolique à l’État malien au titre des réparations. Le procureur, qui avait requis des peines plus lourdes, a indiqué « prendre acte » d’une décision rendue, selon lui, « au nom du peuple malien ».
Au Mali, la défense dénonce un procès entaché d’irrégularités
Les avocats des condamnés dénoncent une procédure marquée par des enlèvements illégaux, des actes de torture et de nombreuses violations des règles de procédure. Ils rappellent que leur principal accusateur n’a pas été en mesure d’identifier les prévenus à l’audience, ni par leur visage ni par leur voix, et qu’aucun élément matériel n’a été présenté pour établir l’existence d’un complot.
Le colonel Kassoum Goïta soutient pour sa part que les poursuites sont liées à des accusations qu’il avait formulées contre les autorités militaires au pouvoir concernant de présumés détournements de fonds publics. Selon lui, ces allégations, qui n’ont pas été évoquées lors du procès, seraient à l’origine de son arrestation.
L’ancien ministre malien de la Justice, Me Mamadou Ismaïla Konaté, aujourd’hui opposant à la junte, estime que « l’accusation ne reposait sur rien d’autre que les affirmations d’un adjudant de l’armée », dont le témoignage s’est révélé contradictoire devant le tribunal. Il regrette également que les allégations de torture et les accusations de corruption visant certaines autorités n’aient fait l’objet d’aucune investigation.
Les avocats de la défense ont annoncé leur intention de se pourvoir en cassation. Ils envisagent également de porter l’affaire devant des juridictions internationales.