À moins de trois mois de l’élection présidentielle du 4 octobre, la campagne électorale au Brésil franchit une nouvelle étape. Alors que les premiers partis investissent officiellement leurs candidats et que de nouvelles surtaxes américaines sur certains produits brésiliens sont entrées en vigueur, le président Luiz Inácio Lula da Silva modifie sa stratégie politique. Désormais, ce n’est plus Donald Trump qui concentre l’essentiel de ses critiques, mais son secrétaire d’État, Marco Rubio.
Lors d’un meeting organisé cette semaine par le Parti démocratique travailliste (PDT), allié de la coalition gouvernementale, Lula s’en est pris directement au chef de la diplomatie américaine, qu’il accuse de soutenir ouvertement son principal adversaire, le sénateur d’extrême droite Flávio Bolsonaro.
« Si le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, veut venir soutenir mon adversaire, qu’il vienne ! Qu’il monte son comité de campagne ! Nous, nous les battrons tous au nom de la défense de la démocratie au Brésil », a déclaré le président devant ses partisans.
Cette sortie marque un tournant dans la campagne du chef de l’État, qui devrait prochainement officialiser sa candidature à un quatrième mandat. Jusqu’ici, Lula dénonçait principalement les décisions de Donald Trump, notamment l’imposition de droits de douane supplémentaires de 25 % sur plusieurs produits brésiliens. En ciblant désormais Marco Rubio, il désigne un nouvel interlocuteur qu’il considère comme le principal artisan de la pression diplomatique exercée par Washington sur le Brésil.
Présidentielle au Brésil : la souveraineté nationale au cœur de la campagne
Le président entend également capitaliser sur les récentes rencontres entre les fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, Eduardo et Flávio Bolsonaro, et des responsables de la Maison-Blanche. Lula accuse son rival, dont l’investiture est attendue le 25 juillet, de bénéficier d’un appui politique venu des États-Unis.
À travers cette stratégie, le chef de l’État cherche à imposer un nouveau récit de campagne, présentant le scrutin comme un choix entre deux projets politiques, mais aussi comme une confrontation entre un candidat défendant les intérêts du Brésil et un adversaire soutenu par une puissance étrangère. Le thème de la souveraineté nationale occupe ainsi une place de plus en plus centrale dans son discours à l’approche du premier tour.
Cette ligne politique intervient dans un contexte où une partie de l’opinion publique attribue au camp Bolsonaro une part de responsabilité dans la dégradation des relations entre Brasília et Washington, ainsi que dans les conséquences économiques liées aux nouvelles taxes américaines.