Trois mois après son interpellation à Kinshasa, l’ancien président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, Aubin Minaku, reste détenu dans un lieu inconnu, sans communication officielle des autorités. Arrêté dans la nuit du 17 au 18 janvier 2026 à son domicile par des éléments des forces de sécurité, il aurait été conduit vers une destination tenue secrète.
Depuis, ni les motifs de son arrestation ni son lieu de détention n’ont été rendus publics. Cette opacité alimente une vive controverse politique, notamment au sein du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation fondée par l’ancien président Joseph Kabila. Les proches de l’ex-speaker dénoncent un flou persistant et réclament des éclaircissements sur sa situation.
Selon plusieurs sources, Aubin Minaku serait détenu par le Conseil national de cyberdéfense (CNC), une structure rattachée à la présidence et spécialisée dans la lutte contre la cybercriminalité, mais régulièrement critiquée pour son manque de transparence. Aucune inculpation officielle n’a été annoncée, et l’intéressé n’aurait toujours pas été présenté à un juge, suscitant des accusations de détention arbitraire.
Arrestation d’Aubin Minaku : inquiétudes juridiques et pressions nationales et internationales
Face à cette situation, la famille de l’ancien président de l’Assemblée nationale a saisi fin mars 2026 le groupe de travail des Nations unies sur les arrestations arbitraires, évoquant une possible « disparition forcée ». L’épouse d’Aubin Minaku dénonce par ailleurs des conditions de visite strictement encadrées, affirmant être conduite « les yeux bandés » sans connaître le lieu de détention de son mari.
Au sein du PPRD, plusieurs responsables politiques, dont Ferdinand Kambere, affirment n’avoir jamais été autorisés à rencontrer Aubin Minaku depuis son arrestation. Ils exigent qu’il soit présenté à un juge, conformément aux garanties prévues par la Constitution congolaise.
Cette affaire intervient dans un contexte politique tendu en RDC, marqué par l’arrestation de plusieurs figures proches de l’ancien régime, souvent accusées de liens avec des groupes rebelles actifs dans l’est du pays. Dans ce climat, le cas Minaku cristallise les tensions entre le pouvoir du président Félix Tshisekedi et ses opposants.
La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) indique suivre le dossier « avec attention », rappelant que toute détention doit respecter les droits fondamentaux, notamment l’accès à un avocat et le droit à un procès équitable dans un délai raisonnable.
Pour de nombreux juristes, la détention prolongée d’Aubin Minaku sans base judiciaire claire soulève de sérieuses préoccupations quant au respect de l’État de droit. Le silence persistant des autorités contribue à nourrir les spéculations et à fragiliser la confiance dans les institutions judiciaires du pays.
Dans ce contexte, plusieurs organisations de défense des droits humains appellent les autorités congolaises à clarifier rapidement la situation, estimant que l’enjeu dépasse désormais le seul cas d’Aubin Minaku pour toucher à la crédibilité même de l’État de droit en RDC.