Réélu en octobre avec près de 90 % des suffrages dès le premier tour, le président de la Côte d’Ivoire Alassane Ouattara a vu son nouveau mandat s’ouvrir dans un climat de tensions. Selon les autorités, 1 658 personnes ont été interpellées, principalement lors de manifestations interdites organisées par l’opposition. Parmi elles, 394 ont déjà été condamnées pour trouble à l’ordre public.
Ces procédures sont vivement critiquées par Amnesty International, qui dénonce des « procès inéquitables ». Le ministère de la Justice rejette ces accusations, affirmant que les personnes concernées ont bénéficié de toutes les garanties d’un procès équitable.
À la mi-mars, Denis témoigne depuis une cellule surpeuplée du Pôle pénitentiaire d’Abidjan, à travers un téléphone clandestin. Arrêté le 11 octobre 2025, comme 237 autres personnes selon les autorités, il a été condamné à 36 mois de prison ferme. Il assure pourtant n’avoir jamais participé à la marche interdite organisée ce jour-là par le Front commun, coalition réunissant le PPA-CI de Laurent Gbagbo et le PDCI de Tidjane Thiam.
« J’allais au travail quand j’ai été arrêté », affirme ce réalisateur à France24, qui déplore que les preuves présentées lors de son procès n’aient pas été examinées. Jugé avec plusieurs dizaines de prévenus en comparution immédiate, il assure que son cas n’a été traité qu’en quelques minutes. « C’est injuste, surtout pour ma famille », confie-t-il, évoquant les difficultés financières de ses proches depuis son incarcération.
Selon l’avocat Sylvain Tapi, chargé de la défense de plusieurs détenus, ces arrestations de personnes « au mauvais endroit au mauvais moment » ont contribué à l’engorgement des prisons. D’après lui, 612 personnes ont été jugées en octobre et novembre, dont près de 400 purgent actuellement des peines de trois ans de prison. Il souligne également le manque de transparence sur le sort de nombreux interpellés.
Conditions de détention dénoncées et accusations graves en Côte d’Ivoire
Au-delà des condamnations pour trouble à l’ordre public en Côte d’Ivoire, plusieurs détenus font face à des accusations plus lourdes, telles que « terrorisme » ou « complot contre l’autorité de l’État ». C’est le cas de Marc, qui partage la cellule de Denis. Ce partisan de l’opposition affirme avoir été arrêté à plusieurs kilomètres de la manifestation, après que des policiers ont consulté son téléphone et découvert des messages exprimant son soutien au Front commun.
« On m’a accusé de terrorisme simplement pour mes opinions politiques », déclare-t-il. Il affirme également s’être vu refuser l’assistance d’un avocat lors de sa garde à vue.
Marc décrit des conditions de détention extrêmement difficiles, évoquant notamment une cellule surpeuplée où plusieurs centaines de détenus s’entassaient sans espace pour s’allonger. La surpopulation carcérale est en effet particulièrement critique au Pôle pénitentiaire d’Abidjan, où le nombre de détenus dépasse largement la capacité d’accueil.
Amnesty International alerte également sur les conditions d’incarcération, citant notamment le cas de femmes enceintes privées de soins adéquats. L’organisation dénonce des détentions arbitraires et appelle à la libération des personnes arrêtées pour avoir exercé pacifiquement leur droit de manifester. Des accusations contestées par les autorités de Côte d’Ivoire, qui assurent que les conditions de détention respectent les normes en vigueur.
Dans ce contexte, les détenus évoquent aussi le coût élevé de la vie en prison. Selon plusieurs témoignages, ils doivent payer des sommes importantes pour subvenir à leurs besoins quotidiens, notamment pour l’eau ou l’accès aux sanitaires. Une situation qui alimente le sentiment d’injustice chez certains prisonniers, qui estiment être victimes d’une répression politique.