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Espagne vs Washington : Sánchez refuse ses bases et fait face à la menace d’un embargo

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En refusant l’accès de ses bases militaires aux forces américaines pour frapper l’Iran, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s’expose à des représailles économiques inédites de la part de Washington, rappelant les tensions Franco‑américaines de 2003.
Espagne vs Washington : Sánchez refuse ses bases et fait face à la menace d’un embargo
Pedro Sánchez Président du gouvernement d'Espagne

En refusant l’accès de ses bases militaires aux forces américaines pour des frappes contre l’Iran, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s’est retrouvé mardi 3 mars dans une position familière pour l’Europe : celle du partenaire occidental qui dit « non » à Washington et en paie le prix. Le président américain Donald Trump a réagi sans précédent en ordonnant à son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, de suspendre tout commerce avec l’Espagne.

Cette situation rappelle février 2003, lorsque le président français Jacques Chirac avait menacé d’opposer le veto de Paris au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer l’intervention militaire en Irak. Le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin avait alors plaidé pour la poursuite des inspections dans un discours resté dans les mémoires. La réaction américaine avait été immédiate : appels au boycott des produits français et rebaptisation des « french fries » en « freedom fries » au Congrès. L’Espagne de l’époque, dirigée par José María Aznar, avait, elle, soutenu Washington.

Washington : Entre droit international et menaces économiques, une Europe divisée

Vingt-trois ans plus tard, les rôles se sont inversés. Pedro Sánchez a qualifié l’opération américano-israélienne du 28 février d’« intervention militaire injustifiée, dangereuse et contraire au droit international », devenant le seul dirigeant européen à condamner ouvertement les frappes ayant coûté la vie au guide suprême iranien Ali Khamenei. Le Royaume-Uni et l’Allemagne, elles, ont apporté leur soutien à Washington.

Contrairement à 2003, où Chirac disposait du droit de veto au Conseil de sécurité, Pedro Sánchez agit dans le cadre contraint d’un accord bilatéral de 1988 sur les bases de Rota et Morón, utilisé pour justifier le refus de Madrid. Les avions ravitailleurs américains KC-135 ont quitté les bases peu après la décision.

La riposte américaine dépasse désormais le symbolique : Donald Trump a ordonné à Scott Bessent de préparer un embargo potentiel, une menace qui a fait chuter de 5,7 % l’ETF iShares MSCI Spain à la clôture du 3 mars. La faisabilité juridique d’une telle mesure reste incertaine, l’Espagne relevant des accords commerciaux de l’Union européenne, ce qui rendrait un embargo ciblé inédit et complexe.

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