Nouvelle grève générale : depuis minuit, et pour une durée de 24 heures, les trains, bus, aéroports, ports, banques et administrations publiques sont attendus à l’arrêt ou au ralenti. Les commerces et restaurants devraient également être impactés en raison des difficultés pour acheminer les employés. La CGT promet une mobilisation « forte ».
Au cœur de la grève, la réforme du droit du travail proposée par Javier Milei, visant à moderniser une législation jugée obsolète par le président. Il s’agirait de la première réforme du secteur depuis les années 1990. Le texte prévoit notamment de faciliter les licenciements, réduire le plafond des indemnités, limiter les heures supplémentaires et baisser les charges patronales. L’exécutif espère ainsi diminuer le coût du travail et encourager les employeurs à régulariser les travailleurs non déclarés, qui représentent plus de 40 % de la main-d’œuvre argentine.
La semaine dernière, le Sénat a adopté le texte confortablement, et les députés doivent désormais l’examiner jeudi après quelques amendements en commission. Le projet retournera ensuite au Sénat, tandis que Javier Milei souhaite le présenter comme un succès lors de son discours devant le Congrès le 1er mars, selon Théo Conscience, notre correspondant à Buenos Aires.
Pour les syndicats et l’opposition, cette « modernisation » masque surtout une « précarisation » du marché du travail, une réforme « régressive » portant atteinte aux droits individuels et collectifs. Federico Sturzenegger, ministre de la Dérégulation, a reconnu que l’un des objectifs était d’affaiblir les syndicats. « Nous voulons rappeler au gouvernement que le peuple lui a donné son vote, mais pas pour qu’il lui retire ses droits », a déclaré Cristian Jeronimo, co-dirigeant de la CGT, à la veille de la grève.
Cette mobilisation pourrait avoir un impact plus fort que la dernière, en avril 2025, qui avait défendu le pouvoir d’achat mais avait été suivie de manière très inégale. Cette fois, Aerolíneas Argentinas a annoncé l’annulation de 255 vols, dont une trentaine internationaux, affectant plus de 30 000 passagers.
Un président renforcé malgré la grève
Depuis deux ans, la politique d’austérité et de dérégulation de Javier Milei a entraîné la perte de plus de 300 000 emplois et la fermeture de quelque 22 000 entreprises, selon le secrétariat du Travail. Récemment, Fate, constructeur historique de pneus, a annoncé la fermeture de son usine et le licenciement de 900 employés.
Pourtant, le gouvernement continue de capitaliser sur la victoire de Milei aux élections législatives d’octobre et sur sa réussite macroéconomique majeure : l’inflation est passée en deux ans de plus de 150 % à 32 %. Ces résultats ont été obtenus au prix de coupes dans l’emploi public, d’une austérité budgétaire sévère et d’une ouverture accrue aux importations, freinant la reprise de la consommation.
Mercredi, de brefs mais violents heurts ont opposé quelques manifestants à la police lors d’une précédente mobilisation contre la réforme du travail. Le ministère de la Sécurité a mis en garde mardi les journalistes pour leur « intégrité physique », les invitant à rester dans des zones délimitées afin d’éviter tout risque. Pendant ce temps, Javier Milei se rendra à Washington jeudi pour participer à la première réunion du « Conseil de paix » organisé par son allié Donald Trump.