Dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux, l’instance fédérale de la Tunisie précise que cette rupture s’est faite « d’un commun accord ». En réalité, la défaite contre le Mali (1-1, 3 tirs au but à 2), combinée à une compétition globalement décevante, a scellé le sort d’un sélectionneur en poste depuis moins d’un an.
Un parcours sans relief au Maroc
Arrivés au Maroc avec l’ambition d’atteindre au minimum les quarts de finale, les Aigles de Carthage n’ont jamais réellement rassuré. En phase de groupes, la Tunisie a alterné le bon et le très moyen. Une large victoire face à l’Ouganda (3-0) a brièvement relancé l’espoir, avant une défaite contre le Nigeria (3-2) et un match nul poussif face à la Tanzanie (1-1), qui a mis en lumière les limites de l’équipe.
Cette dernière rencontre a d’ailleurs marqué un tournant. Les supporters tunisiens, pourtant venus nombreux, n’ont pas caché leur colère, huant leurs joueurs au coup de sifflet final. Une fracture visible entre l’équipe et son public, symptôme d’un malaise plus profond.
Après l’élimination contre le Mali, Sami Trabelsi ne cherchait pas à masquer la réalité. « Nous ne sommes pas satisfaits de notre niveau sur l’ensemble des matchs », reconnaissait-il, évoquant une phase de groupes « en dessous de la moyenne » sur tous les plans, individuel comme collectif.
Un retour manqué pour Sami Trabelsi
Cette éviction marque un nouvel échec dans l’histoire déjà contrastée de Sami Trabelsi avec la sélection tunisienne. Nommé une première fois en 2011, dans la foulée du sacre au Championnat d’Afrique des nations comme adjoint, il avait quitté ses fonctions après l’échec de la CAN 2013.
Son retour, en février 2025, devait incarner une forme de stabilité et d’expérience, dans la perspective des éliminatoires de la Coupe du monde 2026 et de la CAN 2025. Mais l’objectif fixé par la Fédération — atteindre au moins les quarts de finale — n’a pas été atteint. Selon la radio privée Mosaïque FM, un accord à l’amiable a été trouvé pour la résiliation de son contrat, signe d’une séparation sans véritable surprise.
CAN et limogeages : une pratique devenue courante
Le cas tunisien s’inscrit dans une tendance lourde du football africain : la remise en cause rapide des sélectionneurs en cas de contre-performance lors des grandes compétitions. La CAN, par sa forte charge émotionnelle et politique, agit souvent comme un révélateur… et un accélérateur de décisions radicales.
Lors de la précédente édition de la CAN, disputée en Côte d’Ivoire, plusieurs sélections avaient déjà fait le choix de trancher dans le vif. Le Ghana, éliminé dès le premier tour, s’était séparé de Chris Hughton après une campagne jugée indigne du standing des Black Stars. Même scénario pour l’Algérie, sortie prématurément, qui avait mis fin au mandat de Djamel Belmadi, malgré un passé récent glorieux.
Le Cameroun, de son côté, avait connu une situation plus conflictuelle encore, avec la mise à l’écart de Rigobert Song après des tensions internes et des résultats jugés insuffisants. Dans chacun de ces cas, la pression populaire, médiatique et institutionnelle a pesé lourd dans la balance.
Entre impatience et manque de continuité
Ces limogeages en série posent une question de fond : les sélections africaines peuvent-elles construire dans la durée avec une telle instabilité sur les bancs ? La CAN reste une compétition où l’échec se paie immédiatement, parfois sans laisser le temps à un projet de mûrir.
Pour la Tunisie, ce nouvel épisode ouvre une période d’incertitude. Il faudra reconstruire, apaiser un public exigeant et redonner une identité claire à une sélection qui semble avoir perdu ses repères. Le prochain sélectionneur héritera d’une mission délicate, dans un contexte où la patience est devenue une denrée rare, et où chaque faux pas peut coûter sa place.
Avec AFP