Un air d’apocalypse flotte sur Téhéran. Dimanche 8 mars au matin, les habitants de la capitale iranienne se sont réveillés dans une obscurité inhabituelle, comme si la nuit se prolongeait. En cause : une épaisse fumée noire provenant de plusieurs dépôts pétroliers visés par des frappes, qui a recouvert une grande partie de la ville.
« J’ai cru que mon réveil avait un problème », confie à l’AFP, sous couvert d’anonymat, un chauffeur d’une cinquantaine d’années, décrivant la surprise des Téhéranais contraints d’allumer les lumières en plein jour.
Vers 10h30 (07h00 GMT), les automobilistes circulaient encore phares allumés sur l’avenue Valiasr, artère de 17 kilomètres traversant la capitale du nord au sud. Le ciel pluvieux et chargé de nuages gris a accentué la confusion, se mêlant aux colonnes de fumée noire toujours visibles au-dessus de plusieurs installations pétrolières en flammes.
Ces nuages de fumée se sont étendus sur des dizaines de kilomètres, recouvrant Téhéran — une métropole grande comme deux fois et demie Paris — et donnant à la ville des allures apocalyptiques. Dans certains quartiers, une forte odeur de brûlé persiste.
Ces frappes interviennent au neuvième jour d’une guerre déclenchée par une attaque d’Israël et des États-Unis contre l’Iran. Pour la première fois depuis le début du conflit, des infrastructures pétrolières iraniennes ont été ciblées.
Quatre dépôts de pétrole ainsi qu’un site logistique de produits pétroliers à Téhéran et dans ses environs ont été visés, faisant au moins six morts et une vingtaine de blessés, selon les autorités. Sur l’un des dépôts touchés, le pétrole continue de brûler : plus de douze heures après les frappes, les flammes crépitaient encore, selon des journalistes de l’AFP présents sur place.
Pénuries et inquiétudes sanitaires à Téhéran
Aux abords des installations endommagées, des forces de sécurité équipées de masques respiratoires et d’imperméables filtrent la circulation afin de se protéger d’éventuelles retombées toxiques.
Les autorités ont mis en garde contre les fumées dégagées, susceptibles de provoquer « des irritations des voies respiratoires et des yeux », et ont appelé les habitants à rester chez eux. Le Croissant-Rouge iranien évoque la libération dans l’air de « grandes quantités d’hydrocarbures toxiques, de soufre et d’oxydes d’azote ».
Les explosions ont également causé d’importants dégâts matériels : dans certains immeubles voisins, les vitres ont été soufflées. À plusieurs dizaines de kilomètres, des habitants nettoient leurs balcons et fenêtres recouverts d’un mélange de pluie et de flaques d’essence.
Face à la situation, le gouverneur de la province de Téhéran, Mohammad Sadegh Motamedian, a annoncé que la distribution d’essence était « temporairement interrompue », tout en appelant la population à ne « pas s’inquiéter ». La vente de carburant est désormais limitée à 20 litres par véhicule.
Dans la capitale, de longues files d’attente se forment devant les stations-service. Devant l’une d’elles, l’AFP a compté une quarantaine de voitures, alors même que la reprise du travail intervient après une semaine fériée décrétée à la suite de la mort du guide suprême Ali Khamenei, tué au début du conflit.
Lors de la guerre de douze jours en juin 2025, environ six millions d’habitants avaient quitté Téhéran, une ville qui en compte habituellement plus de dix millions. Cette fois, la majorité de la population est restée, même si l’ONU estime qu’environ 100 000 personnes ont quitté la capitale ces derniers jours.
Si Téhéran avait pris des allures de ville fantôme au début du conflit, l’activité reprend progressivement : davantage de piétons et de véhicules circulent dans les rues. Dimanche, environ un commerce sur deux était ouvert, souvent plongé dans la pénombre.