L’Union européenne (UE) va appliquer à titre provisoire l’accord de libre-échange conclu avec le Mercosur. L’annonce a été faite vendredi par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, malgré l’opposition marquée de la France.
Signé à la mi-janvier, le traité entre l’UE et les pays sud-américains du Mercosur prévoit la création de l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde. Il doit permettre aux entreprises européennes d’accroître leurs exportations de voitures, machines, vins et spiritueux vers l’Amérique latine, tout en facilitant l’entrée sur le marché européen de produits agricoles sud-américains tels que la viande bovine, la volaille, le sucre, le riz, le miel et le soja.
« Après des échanges approfondis avec les États membres et les élus du Parlement européen, la Commission va désormais procéder à l’application provisoire », a déclaré Ursula von der Leyen lors d’une brève allocution.
Une mise en œuvre contestée
L’accord reste vivement critiqué par plusieurs organisations agricoles et responsables politiques, qui redoutent une concurrence accrue de produits importés à moindre coût et jugés moins conformes aux normes européennes. En France, le texte est perçu comme une menace pour certaines filières.
Le processus avait été suspendu après la saisine de la justice de l’UE par des eurodéputés, chargée de vérifier la conformité du traité – conclu avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay – aux traités européens. Cette procédure devrait s’étendre sur plusieurs mois.
La Commission disposait toutefois de la possibilité d’activer une application provisoire après ratification par certains États du Mercosur. L’Argentine et l’Uruguay ont franchi cette étape jeudi, ouvrant la voie à la décision annoncée.
Vives tensions politiques
Fervent défenseur de l’accord, le chancelier allemand Friedrich Merz a plaidé pour une mise en œuvre rapide. À l’inverse, Paris s’y oppose fermement. Fin janvier, la porte-parole du gouvernement français, Maud Bregeon, avait dénoncé une « forme de viol démocratique » en cas d’application provisoire.
L’eurodéputée Céline Imart a également fustigé un « passage en force », estimant que déclencher l’application provisoire sans attendre l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne revenait à faire « le choix du mépris » envers le monde agricole.
Soutenue par une majorité d’États membres, la Commission défend la nécessité d’avancer rapidement dans un contexte commercial international tendu, alors que le président américain Donald Trump brandit la menace de nouveaux droits de douane contre l’Europe.