Cette demande, adressée le 12 janvier au ministère des Armées français, fait suite à une requête des parties civiles. « Il y a déjà eu plusieurs déclassifications, mais elles étaient limitées et les documents étaient censurés », a déclaré à l’AFP Danièle Gonod, présidente de l’Association des amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Elle a ajouté : « On nous a opposé le secret défense, en invoquant la protection des sources au Mali. Or aujourd’hui, il n’y a plus un seul soldat français sur place, donc plus de source à protéger. »
Ghislaine Dupont, 57 ans, et Claude Verlon, 55 ans, avaient été enlevés lors d’un reportage pour RFI avant d’être tués le 2 novembre 2013 près de Kidal, quelques mois après l’opération Serval lancée par la France pour contrer les jihadistes menaçant Bamako. Bien que ce double assassinat ait été revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), les circonstances exactes restent obscures. Selon la version officielle, un convoi militaire français avait découvert les corps des journalistes, tués par balles, près du pick-up en panne de leurs ravisseurs. Les enquêteurs privilégient la thèse d’une prise d’otages ratée.
Pour Danièle Gonod, « les investigations sur la téléphonie révèlent l’existence d’un vrai réseau jihadiste, politique et organisé, avec des liens en Algérie ». Le juge a notamment demandé au ministère des renseignements des informations sur deux suspects encore en vie : Sidan Ag Hita, l’un des commanditaires présumés, et Hamadi Ag Mohamed, membre du commando. Selon sa requête, Sidan Ag Hita serait devenu un chef jihadiste important, au point de négocier directement avec l’État malien la libération d’otages, selon la presse.
Assassinat de journalistes au Mali : des zones d’ombre sur le rôle des Forces spéciales françaises
Le magistrat a également sollicité des renseignements sur Cheikh Ag Haoussa, chef touareg censé accueillir les « jihadistes repentis » et avec qui les journalistes avaient rendez-vous à Kidal. « Quelques heures avant l’enlèvement, Cheikh Ag Haoussa aurait été vu dans son véhicule avec Baye Ag Bakabo, chef du commando responsable des enlèvements et assassinats », note-t-il.
Enfin, le juge a relayé l’étonnement des parties civiles face à l’absence de rapport des Forces spéciales françaises sur le drame et demandé la déclassification de tout document attestant qu’un commanditaire de l’enlèvement « aurait contacté, après les faits, un membre du commando pour lui reprocher d’avoir ‘gâché la marchandise’ ».