AFRIQUE

Succession de Paul Biya : le Cameroun encadre l’après-présidence

AFRIQUE
Le Cameroun adopte une révision constitutionnelle créant un poste de vice-président, désormais successeur direct du chef de l’État, dans un contexte de débats sur la succession et la stabilité du pouvoir.
Succession de Paul Biya : le Cameroun encadre l’après-présidence
Paul Biya, président camerounais

Réunis en Congrès le samedi 4 avril, les députés et sénateurs camerounais ont adopté une révision constitutionnelle majeure instituant un poste de vice-président. Désormais, ce dernier devient le successeur direct du chef de l’État et est chargé d’achever automatiquement son mandat en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif. Une évolution institutionnelle d’ampleur qui, tout en soulevant de nombreuses interrogations au sein de l’opinion, clarifie selon plusieurs observateurs — toutes tendances confondues — les priorités au sommet de l’État. Au Cameroun, la question de l’après-Biya n’est plus taboue, pas plus que l’éventualité d’une interruption du septennat en cours.

Une réforme pour encadrer la continuité du pouvoir au Cameroun

En 2024, le ministre de l’Administration territoriale du Cameroun, Paul Atanga Nji, interdisait encore les débats sur l’état de santé du président Paul Biya. Aujourd’hui, le discours évolue. Pour le politologue proche du pouvoir Mathias Eric Owona Nguini, cette réforme répond directement aux controverses suscitées par la présidentielle d’octobre 2025, notamment sur la crédibilité d’un huitième mandat pour un chef d’État âgé de 93 ans. Selon lui, l’objectif est d’instaurer un cadre constitutionnel plus prévisible, garantissant la stabilité et la continuité de l’État en cas d’incapacité du président à exercer ses fonctions.

La nouvelle Constitution prévoit ainsi qu’en cas de vacance du pouvoir, le vice-président prête serment et assure la fonction suprême jusqu’au terme du mandat en cours, soit potentiellement jusqu’en 2032, sans organisation immédiate d’une élection présidentielle.

Fait notable, cette réforme n’avait été ni annoncée pendant la campagne présidentielle, ni évoquée lors de l’investiture du chef de l’État, ni même dans ses discours récents, où il s’était contenté d’annoncer la formation prochaine d’un nouveau gouvernement.

Succession, calendrier électoral et critiques

Pour certains acteurs de la société civile, cette révision s’inscrit dans une logique de consolidation du pouvoir en place. Hilaire Kamga, secrétaire permanent de la Plate-forme de la société civile pour la démocratie, estime qu’elle vise à limiter la compétition électorale et à assurer la pérennité du régime. Il dénonce une gestion « au cas par cas », dans un contexte marqué par de fortes tensions sociales et politiques.

Parallèlement, le calendrier électoral connaît de nouveaux ajustements : les élections législatives, déjà reportées, sont désormais prévues pour 2027, tandis qu’une modification du code électoral permet de prolonger sans limite stricte le mandat des conseillers municipaux. Dans ce nouveau dispositif, le président de la République conserve en outre la prérogative exclusive de désigner son vice-président.

Au-delà des critiques sur le caractère potentiellement anti-démocratique de la réforme, certains analystes y voient une tentative de réponse aux incertitudes liées à la gouvernance actuelle. L’économiste Dieudonné Essomba souligne notamment les flottements observés ces dernières années, marqués par des décisions attribuées au chef de l’État mais parfois contestées. Dans ce contexte, la création d’un poste de vice-président pourrait contribuer à stabiliser une succession jugée à haut risque.

Reste que les défis demeurent considérables : crise économique, perspective de mesures d’austérité, et conflit persistant depuis huit ans dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Autant d’enjeux auxquels le futur vice-président pourrait être confronté, en fonction de son profil et de ses marges de manœuvre.

L'INFO EN CONTINU

Toute l'actualité

À LIRE ENSUITE

LES PLUS LUS