La dégradation des relations remonte notamment à la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, territoire au statut contesté selon l’ONU, au cœur d’un conflit opposant depuis près de cinquante ans Rabat aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie. Depuis, les tensions se sont accumulées : enlèvement en France d’un opposant algérien, arrestation puis grâce de l’écrivain Boualem Sansal, mise en examen d’un agent consulaire algérien, expulsions croisées de diplomates ou encore condamnation du journaliste Christophe Gleizes.
Une méthode plus discrète et pragmatique
Pour le chercheur Adlene Mohammedi, interrogé par France 24, Laurent Nunez adopte une posture sensiblement différente de celle de son prédécesseur, Bruno Retailleau. Là où ce dernier s’était montré offensif, voire hostile à l’égard d’Alger, le ministre actuel privilégie une approche technique.
Ancien patron de la DGSI et coordinateur de la lutte antiterroriste, Laurent Nunez est présenté comme un spécialiste des questions de sécurité, davantage tourné vers l’efficacité que vers l’affichage politique. Son objectif principal : réactiver le dialogue sécuritaire entre les deux pays, jugé essentiel depuis les années 1990.
Contrairement à Bruno Retailleau, qui avait mis en avant les accords migratoires de 1968, Laurent Nunez semble éviter les polémiques symboliques pour se concentrer sur des dossiers concrets, notamment les questions de coopération policière, les obligations de quitter le territoire français (OQTF) ou encore la situation de Christophe Gleizes, même si ce dernier sujet relève officiellement du champ diplomatique.
Vers un possible réchauffement ?
Un changement de ton est-il envisageable ? Selon Adlene Mohammedi, les autorités algériennes ont toujours laissé une marge de dialogue, en distinguant leurs interlocuteurs français. Certains responsables ont été reçus plus favorablement que d’autres, signe qu’Alger ne ferme pas totalement la porte.
Pour autant, les signaux diplomatiques restent attendus. L’absence d’ambassadeur algérien à Paris et le rappel de l’ambassadeur français illustrent la fragilité de la relation. Chaque nouvel incident médiatique ou judiciaire peut raviver les tensions.
Malgré ces crispations, les liens humains, économiques et historiques entre les deux pays demeurent puissants. Des millions de personnes sont concernées par cette relation franco-algérienne, qui dépasse largement les alternances politiques. La visite de Laurent Nunez s’inscrit ainsi dans une tentative de correction de trajectoire : rétablir un canal de discussion stable et éviter une rupture que ni Paris ni Alger ne semblent souhaiter.