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Cameroun – succession de Paul Biya : la rivalité entre Franck et Chantal Biya s’intensifie

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La rivalité supposée entre Franck Biya, fils du président camerounais, et les réseaux proches de Chantal Biya ne relève plus seulement des confidences de cour. Elle s’inscrit désormais dans un moment institutionnel décisif : la création d’un poste de vice-président nommé par Paul Biya, qui pourrait bouleverser les règles de la succession. Dans un pays dirigé depuis 1982 par le même homme, l’après-Biya se prépare moins dans les urnes que dans les rapports de force au sommet de l’État.
Cameroun - succession de Paul Biya : la rivalité entre Franck et Chantal Biya s’intensifie
Le président camerounais, Paul Biya et son épouse Chantal

Au Cameroun, la succession de Paul Biya a longtemps été un sujet tabou, presque interdit de formulation publique. Elle est désormais partout : dans les conversations de Yaoundé, les réseaux sociaux, les analyses diplomatiques, les calculs de l’opposition et les silences du palais d’Etoudi. À 93 ans, le président camerounais reste officiellement maître du jeu. Mais plus son règne s’étire, plus la bataille pour l’après-Biya devient visible.

Le cœur de cette bataille tient à une question simple : le pouvoir reviendra-t-il à un héritier biologique, Franck, longtemps discret mais de plus en plus cité, ou restera-t-il sous l’influence des réseaux construits autour de Chantal Biya, première dame puissante, entourée d’alliés administratifs et familiaux ? Le Guardian rapporte que les noms de Franck Biya et de Franck Hertz, fils de Chantal Biya, circulent parmi les hypothèses les plus commentées pour le futur poste de vice-président, aux côtés de figures du régime comme Ferdinand Ngoh Ngoh, Paul Atanga Nji ou Louis-Paul Motazé.

Le vice-président, clé de voûte de l’après-Biya

La réforme constitutionnelle adoptée en avril a changé la nature du débat. Elle réintroduit un poste de vice-président, nommé et révocable par le chef de l’État. En cas de vacance du pouvoir, ce vice-président achèverait le mandat présidentiel en cours, remplaçant l’ancien mécanisme qui confiait l’intérim au président du Sénat avant l’organisation d’une élection.

C’est ce point qui alimente les accusations de succession verrouillée. L’opposant Maurice Kamto a dénoncé une dérive vers une “monarchie républicaine”, selon des propos rapportés par le Guardian. L’AFP a toutefois établi qu’un prétendu décret nommant déjà Franck Biya vice-président était un faux et que, début avril, aucune nomination n’avait encore été effectuée à ce poste.

Cette précision est essentielle. Franck Biya n’est pas vice-président. Mais l’existence même du poste ouvre une phase nouvelle : Paul Biya peut désormais désigner institutionnellement celui qui, le moment venu, pourrait hériter du pouvoir sans passer immédiatement par les urnes.

Deux camps, deux logiques

Franck Biya incarne une hypothèse dynastique directe. Il n’a jamais exercé de fonction élective ni occupé officiellement un grand poste gouvernemental, mais son nom revient régulièrement dès que la succession est évoquée. Sa force tient à son nom, à sa filiation et à la possibilité d’apparaître comme un choix de continuité rassurant pour une partie du régime.

Chantal Biya représente une autre forme de pouvoir : moins institutionnelle, plus relationnelle, construite dans l’entourage présidentiel. Le Guardian rappelle qu’elle est souvent décrite comme très influente dans les cercles du pouvoir, et que Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, est considéré comme un allié de la première dame. Il dispose d’une délégation de signature lui permettant de signer des actes administratifs au nom du chef de l’État.

C’est là que la rivalité devient plus politique que familiale. Franck Biya a le nom. Les réseaux proches de Chantal Biya ont l’appareil, les accès, les relais administratifs et l’expérience des luttes internes. Dans un système camerounais où l’opacité est une méthode de gouvernement, celui qui tient les circuits de décision peut parfois peser autant que celui qui porte l’héritage.

Un régime fragilisé par sa propre longévité

Cette guerre de succession intervient dans un pays déjà sous tension. Paul Biya a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle d’octobre 2025 avec 53,66 % des voix, selon le Conseil constitutionnel, un résultat rejeté par plusieurs opposants qui ont dénoncé des fraudes. Reuters a rapporté des manifestations violentes après l’annonce des résultats, dans un contexte marqué par le conflit séparatiste anglophone et une forte défiance politique.

Le paradoxe du régime Biya est donc évident : sa stabilité apparente nourrit aujourd’hui son incertitude. Le président a éliminé ou neutralisé pendant des décennies toute alternative crédible à l’intérieur du système. Mais cette personnalisation extrême du pouvoir rend l’après-Biya plus dangereux, car aucune règle politique ne semble vraiment acceptée par tous.

La succession n’est pas seulement une affaire de famille. Elle concerne l’armée, le RDPC, les hauts fonctionnaires, les réseaux économiques, les partenaires étrangers et les régions du pays. Un mauvais arbitrage pourrait ouvrir des fractures au sein du régime lui-même, avant même une contestation populaire.

Le risque d’un Cameroun suspendu au palais

L’enjeu dépasse donc la rivalité entre Franck et Chantal Biya. Il touche à la nature du pouvoir camerounais. Si le futur vice-président est choisi dans le cercle familial, l’opposition dénoncera une succession dynastique. S’il est choisi parmi les barons du régime, la famille présidentielle pourrait y voir une dépossession. Dans les deux cas, l’équilibre sera fragile.

Paul Biya reste, pour l’instant, l’arbitre ultime. Mais son âge, ses absences prolongées et l’extrême centralisation du pouvoir rendent chaque mouvement plus lourd de sens. Au Cameroun, la succession ne se prépare pas publiquement ; elle se devine dans les nominations, les apparitions, les alliances et les silences.

Franck Biya peut encore attendre. Chantal Biya peut encore placer ses pions. Les barons peuvent encore prétendre à la loyauté absolue. Mais une chose a changé : la guerre de succession n’est plus une rumeur de couloir. Elle est devenue le principal révélateur de la fin de règne.

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