Téhéran a confirmé dimanche 1er mars la mort de son guide suprême, Ali Khamenei, tué lors d’une opération militaire conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. L’annonce, faite la veille par le président américain Donald Trump, a été relayée par la télévision d’État iranienne. Les Gardiens de la Révolution ont aussitôt promis un « châtiment sévère » aux responsables.
Dans la nuit, Israël a indiqué avoir lancé une nouvelle vague de frappes visant notamment des lanceurs de missiles balistiques et des systèmes de défense antiaérienne à Téhéran. L’armée israélienne affirme avoir éliminé plusieurs hauts responsables iraniens, dont le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, et un conseiller du guide suprême, Ali Shamkhani — des décès confirmés par les autorités iraniennes.
Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a qualifié Ali Khamenei de « l’une des personnes les plus diaboliques de l’Histoire », affirmant qu’il n’avait pu échapper aux systèmes de renseignement américains, en coordination avec Israël. Il a prévenu que les bombardements se poursuivraient « tout au long de la semaine », estimant que le peuple iranien disposait là d’une « plus grande chance » de reprendre le contrôle du pays.
À Téhéran, des milliers de personnes se sont rassemblées dimanche matin, certaines en larmes, scandant des slogans hostiles aux États-Unis et à Israël. La télévision d’État a diffusé des images du drapeau noir hissé sur le sanctuaire de Machhad, haut lieu du chiisme. D’autres témoignages font état de scènes contrastées dans la capitale, entre manifestations de deuil et expressions de soulagement.
Sur le plan politique, la transition doit être assurée par un triumvirat composé du président Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei et d’un membre du Conseil des gardiens de la Constitution, selon la télévision d’État. Depuis l’étranger, Reza Pahlavi, fils du dernier chah, a estimé que « la République islamique a effectivement pris fin ».
Trente-sept ans de pouvoir sans partage à Téhéran
Âgé de 86 ans, Ali Khamenei dirigeait l’Iran depuis 1989, succédant au fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini. Détenteur d’une autorité quasi absolue sur les affaires religieuses, politiques et militaires, il était le doyen des chefs d’État du Moyen-Orient et incarnait le cœur du système théocratique iranien.
Né en 1939 à Machhad dans une famille modeste, il s’était engagé très tôt contre le régime du chah, passant plusieurs années en prison dans les années 1960 et 1970. Proche de Khomeini, il devient président en 1981 avant d’accéder, huit ans plus tard, à la fonction suprême.
Son long règne a été marqué par de profondes crises internes. En 2009, le « Mouvement vert » conteste la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. En 2022, le soulèvement « Femmes, Vie, Liberté », déclenché après la mort en détention de Mahsa Amini, ébranle le pouvoir. Plus récemment encore, des manifestations massives contre la situation économique ont été réprimées au nom de la lutte contre une supposée tentative de « coup d’État ».
Sous son autorité à Téhéran, les Gardiens de la Révolution ont renforcé leur emprise sur l’économie et étendu l’influence régionale de l’Iran, notamment au Liban, en Irak et en Syrie. Mais cet « axe de la résistance » a été fragilisé par les frappes israéliennes consécutives à l’attaque du Hamas en octobre 2023.
Féru de littérature et amateur de poésie, admirateur de Victor Hugo et de Les Misérables, Ali Khamenei cultivait l’image d’un dirigeant austère. Sa disparition ouvre une période d’incertitude majeure pour l’Iran et l’ensemble du Moyen-Orient, sur fond d’escalade militaire et de tensions autour des approvisionnements énergétiques mondiaux.