Un parcours à la croisée de la finance et du numérique
Ingénieure de formation, experte en stratégie des données et entrepreneure engagée, Nelly Chatue Diop a construit un parcours atypique, reliant les grands groupes internationaux à l’innovation numérique africaine. Sa disparition laisse un vide dans un secteur encore en structuration, où son expertise et sa rigueur faisaient autorité.
Des formations d’excellence en Europe
Née au Cameroun, elle s’oriente très tôt vers les sciences et la technologie. Diplômée en 2004 de l’École supérieure de chimie, physique et électronique de Lyon, elle complète sa formation par un MBA à HEC Paris en 2008. Cette double compétence, scientifique et managériale, structure l’ensemble de sa trajectoire professionnelle.
Des débuts dans le conseil et la banque internationale
À sa sortie d’école, Nelly Chatue Diop débute sa carrière en Europe. Elle rejoint d’abord le cabinet de conseil Accenture, puis la banque Crédit Suisse. Ces expériences lui permettent d’évoluer dans des environnements complexes, au contact de la finance internationale, de la transformation des organisations et de la gestion de projets de grande ampleur.
La spécialisation dans la stratégie data
Après le conseil et la banque, elle se tourne vers la stratégie des données et les usages numériques. Elle occupe des postes de direction au sein de plusieurs groupes majeurs de la distribution et des services en ligne, notamment Casino, Darty et Betclic. Jusqu’en 2020, elle travaille sur la valorisation de la donnée, l’optimisation des parcours clients et l’aide à la décision stratégique, développant une vision pragmatique de la technologie, centrée sur les usages et la viabilité économique.
Ejara, une fintech au service de l’inclusion financière
En 2020, elle cofonde Ejara. L’application mobile, basée sur la technologie blockchain, propose des solutions d’épargne et d’investissement accessibles via le téléphone portable. L’objectif est de démocratiser l’accès aux produits financiers pour des populations largement exclues des circuits bancaires traditionnels, dans un contexte de forte pénétration du mobile en Afrique francophone.
Une croissance soutenue et une expansion régionale
Le développement d’Ejara s’appuie sur plusieurs levées de fonds. En 2021, la fintech réalise une levée d’amorçage de 2 millions de dollars, suivie en 2022 d’un tour de table de 8 millions de dollars. Ces financements permettent à l’entreprise d’étendre ses activités au Cameroun, puis en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso. Sous la direction de Nelly Chatue Diop, Ejara diversifie également ses services, intégrant le paiement de factures et les transferts d’argent à son offre initiale d’investissement.
Une voix écoutée sur la régulation et la formation
Au-delà de ses fonctions de dirigeante, Nelly Chatue Diop était régulièrement sollicitée sur les enjeux de régulation des actifs numériques. Elle participait à des échanges avec des institutions et des organismes de développement, cherchant à rapprocher innovation technologique et cadres réglementaires. Engagée dans la transmission des compétences, elle contribuait à des programmes de formation pour développeurs et intervenait au sein de l’association 10 000 Codeurs.
Une figure reconnue en Afrique centrale
Dans la zone CEMAC, elle s’était imposée comme l’une des figures associées à la tokenisation des actifs et à la démocratisation de l’investissement par les technologies numériques. Son approche, souvent qualifiée de pragmatique, reposait sur un équilibre entre innovation, viabilité économique et compréhension des usages locaux.
Un héritage marqué par la confiance des utilisateurs
À la tête d’Ejara, Nelly Chatue Diop avait conduit l’entreprise à atteindre le seuil des 100 000 utilisateurs. Un chiffre significatif dans un secteur où la confiance du public demeure un enjeu central. Elle défendait une vision de l’inclusion financière fondée sur la transparence et la pédagogie, estimant que l’adoption durable des outils financiers passait par la compréhension de leurs mécanismes.
Une onde de choc pour la fintech africaine
Si les circonstances de son décès n’ont pas été communiquées, l’annonce de sa disparition a provoqué une onde de choc dans l’écosystème de la fintech africaine. De nombreux acteurs saluent une professionnelle rigoureuse, capable de faire le lien entre finance classique et innovation numérique. Son absence ouvre une période d’incertitude, tant pour Ejara que pour un secteur qui comptait sur son expertise.
Une trajectoire qui laisse une empreinte durable
Nelly Chatue Diop laisse l’image d’une entrepreneure méthodique, attachée à la cohérence entre vision et action. De son parcours dans les grandes écoles européennes à son engagement sur les marchés africains, elle aura contribué à structurer le débat sur la place des technologies financières en Afrique francophone. Sa disparition rappelle l’importance des trajectoires individuelles dans des secteurs en pleine mutation, et l’héritage qu’elles laissent derrière elles.